Lors d'une visite officielle au Caire, le Maroc et l'Égypte ont signé 16 accords et mémorandums d'entente immédiatement applicables, couvrant des secteurs vitaux — dessalement de l'eau, industries aéronautique et automobile, secteur bancaire, agriculture et logistique — une étape qui traduit la volonté des deux pays de hisser leur partenariat économique au niveau des liens fraternels historiques entretenus sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de S.E. le Président Abdel Fattah Al-Sissi.
Une visite qui ouvre un nouveau chapitre
Ces accords ont été conclus lors d'une visite de travail de deux jours (7 et 8 avril 2026) conduite par le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, à la tête d'une délégation de sept ministres, avec pour objectif de donner un nouvel élan à la coopération bilatérale.
La visite a été marquée par la première session du Comité de coordination et de suivi maroco-égyptien, coprésidée par Aziz Akhannouch et le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly — un mécanisme créé pour lever les obstacles techniques qui freinaient la mise en œuvre d'accords antérieurs et garantir la concrétisation effective des projets communs.
La composition de la délégation marocaine — dont les ministres Nadia Fettah, Nizar Baraka et Ahmed El Bouari, aux côtés de hauts responsables de l'industrie et du commerce — a souligné le caractère stratégique de la visite.
Rééquilibrer la balance commerciale
Au cœur des discussions : le déséquilibre commercial. Selon les chiffres présentés lors de la visite, les exportations égyptiennes vers le Maroc ont dépassé le milliard de dollars en 2025, tandis que les exportations marocaines restaient très en deçà des ambitions des deux pays — d'où l'accord sur des mesures concrètes de rééquilibrage.
Celles-ci comprennent la levée des barrières non tarifaires qui entravaient l'accès des produits marocains — notamment l'automobile, le textile et l'électronique — au marché égyptien, l'activation de l'accord de libre-échange d'Agadir et la création d'une « ligne directe » entre les deux ministères du Commerce pour résoudre immédiatement tout blocage.
Lors d'une conférence de presse conjointe, Akhannouch a souligné que l'objectif dépasse l'amélioration des chiffres : l'enjeu est de bâtir une « souveraineté économique commune » dans des domaines stratégiques comme l'énergie, l'alimentation et l'eau.
De son côté, le Premier ministre Mostafa Madbouly a salué la dynamique de développement du Maroc et confirmé l'ouverture de son pays à la participation d'entreprises marocaines aux grands projets d'infrastructure, notamment dans la Nouvelle capitale administrative et la Zone économique du canal de Suez.
Secteurs stratégiques et coordination politique
Les accords s'étendent à des secteurs stratégiques : transfert de l'expertise marocaine en dessalement et en traitement des eaux usées, renforcement de la coopération agricole pour la sécurité alimentaire, et mémorandums d'entente dans l'industrie — en particulier les pièces aéronautiques et automobiles.
Ils couvrent également la coopération financière et logistique : connexion des bourses et des institutions financières des deux pays et mise en place de lignes maritimes directes entre leurs ports pour faciliter les échanges et réduire les coûts.
Les discussions ne se sont pas limitées à l'économie : lors d'une rencontre en présence du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita et de son homologue égyptien, les deux parties ont confirmé la convergence de leurs positions sur les dossiers régionaux — en particulier le dossier libyen — et insisté sur le soutien à la stabilité et à la coordination au sein de l'Union africaine.
La visite a aussi comporté des rencontres avec des acteurs économiques égyptiens autour d'investissements marocains dans la Zone économique du canal de Suez, avec des facilités offertes aux investisseurs égyptiens, notamment dans les provinces du Sud et les zones industrielles de Tanger et de Kénitra.
Des exportations qui gagnent le pari
Les chiffres traduisent l'ampleur de la transformation en cours : les exportations marocaines vers l'Égypte sont passées de 59 à 323 millions de dollars en une seule année, tandis que l'huile d'argan marocaine remporte un succès notable auprès des consommateurs égyptiens.
Selon l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) pour 2020–2026, les importations égyptiennes depuis le Maroc ont augmenté de 151 % avec un taux d'acceptation de 98 %. Dattes, graines oléagineuses, légumineuses et épices dominent les échanges, avec 437 exportateurs égyptiens et 140 importateurs marocains sur 355 catégories de produits.
Sur la même période, 17 730 dossiers couvrant 20 476 envois — 1,66 million de tonnes d'importations — ont été traités en 3,1 jours en moyenne, 95 % l'étant en moins de 14 jours. Les chiffres préliminaires de mai 2026 confirment cette dynamique, portée par les facilitations douanières et la numérisation.
L'attractivité du marché marocain
Le Caire voit dans le Maroc une plateforme de distribution régionale, un hub logistique vers l'Europe et la Méditerranée et une porte d'entrée idéale vers l'Afrique de l'Ouest. Ce pari s'appuie sur des fondamentaux solides : stabilité politique et macroéconomique, accords de libre-échange avec l'Afrique et l'Europe, infrastructures portuaires et logistiques avancées, position stratégique au carrefour de trois continents et politiques industrielles tournées vers l'export donnant accès à près de 2,6 milliards de consommateurs.
Les domaines prometteurs de coopération incluent la technologie, l'intelligence artificielle, les énergies renouvelables et l'agroalimentaire — 21 % de l'industrie manufacturière marocaine — le Maroc visant 5 milliards de dirhams d'exportations vers l'Égypte à l'horizon 2027.
Le secteur privé s'engage : mémorandum CGEM – hommes d'affaires égyptiens
En parallèle, pour approfondir la coopération du secteur privé, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a signé en décembre 2025 un mémorandum d'entente avec l'Association des hommes d'affaires égyptiens afin d'ouvrir de nouvelles perspectives d'investissement commun.
La signature a eu lieu en marge de l'invitation adressée par la CGEM aux dirigeants de l'association pour assister à l'ouverture de la Coupe d'Afrique des Nations « Maroc 2025 ». Le député Adel El-Lamei, membre du conseil d'administration de l'association, représentait la partie égyptienne, tandis qu'Ali Tazi, président du Conseil d'affaires maroco-égyptien, signait pour le Maroc.
Le mémorandum prévoit des missions commerciales et des rencontres d'affaires conjointes pour renforcer les liens directs entre les deux communautés d'affaires et favoriser un environnement propice au développement durable.
Intégration industrielle, partenariat gagnant-gagnant
Le partenariat stratégique global entre les deux pays dessine les contours d'un axe économique reliant les économies nord-africaines, dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine et de l'accord d'Agadir de 2004, avec un accent particulier sur l'agroalimentaire, l'automobile et le textile. Le Maroc apporte son leadership exportateur via Tanger Med ; l'Égypte ouvre aux produits marocains les marchés du Moyen-Orient et de l'Afrique subsaharienne.
La feuille de route commune comprend des industries intégrées, des rencontres commerciales bilatérales, des forums économiques et salons sectoriels, des liaisons logistiques et maritimes directes entre Tanger Med, Port-Saïd Est et le corridor du canal de Suez, des échanges techniques sur les grands projets solaires et éoliens, une coopération régionale sur l'hydrogène vert et une plateforme d'investissement maroco-égyptienne commune.
L'Égypte soutient la marocanité du Sahara
Sur le plan politique, l'Égypte a renouvelé son soutien à l'intégrité territoriale du Royaume du Maroc — une position renforcée par la dernière résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Le Caire a réaffirmé officiellement cette position le 6 avril 2026 lors de la première session du comité, exprimant son attachement au plan d'autonomie sous souveraineté marocaine comme solution consensuelle et durable.
La Ligue Sociale de la Communauté Marocaine en Égypte voit dans cette dynamique économique et politique un prolongement naturel des relations fraternelles historiques entre les deux pays, et une opportunité prometteuse pour les membres de la communauté et les acteurs économiques des deux rives.
Sources : industries.ma — Charaf Eddine Sraidi, 07/04/2026 · Atalayar — Khadija Taoul, 13/06/2026.


